BIRD PEOPLE un film de Pascale Ferran

Publié le par marie philippe

BIRD PEOPLE un film de Pascale Ferran

J'ai beaucoup aimé Bird People. D'abord il y a le plaisir de regarder les images, ce sont de beaux plans, bien cadrés, dans le calme et à un rythme juste, le plaisir esthétique de la contemplation, le plaisir de sentir libre. C'est déjà rare de ressentir cela comme spectateur quand bien souvent le cinéaste veut scotcher son spectateur.

Il n'y a quasiment pas d'intrigue, juste une promesse de rencontre entre un homme et une femme... puisqu'on est dans un film, notre expérience de spectateur nous le laisse espérer. Et cela suffit, c'est un fil ténu mais bien tendu.

La caméra nous fait partager son plaisir à regarder, à contempler des gens qui vivent leur quotidien absolument banal: dans le RER, les conversations, les messages et puis les pensées, la musique dans les oreilles, c'est le plaisir de regarder les autres vivre, de pénétrer dans leur vie intérieure. Leur vie est banale mais on la voit, grâce à Pascale Ferran, comme un trésor. L'humanité est là. Ce milliers de gens sont autant de sources d'inspiration pour celui, créateur, qui sait regarder, qui s'en donne la peine. C'est le même plaisir que j'éprouve quasiment quotidiennement à regarder les autres, mais dans la vraie vie, à moins d'être une petite souris, on ne se sent pas aussi libre, on ne veut pas gêner, alors on se contente de regards à la dérobée, et à partir de quelques détails on s'imagine les vies des autres, par bribes.

Le film commence par envisager tous ces itinéraires possibles puis se fixe sur une femme en particulier et un homme. Qui sont dans un lieu précis: l'aéroport de Roissy, gigantesque imbrication de routes sinueuses, de boucles qui tournent en rond, une zone énorme à la fois sans issue et lieu d'envol. Dans cette zone l'espace se restreint à un hotel de luxe, parfaitement anonyme, aux couloirs déserts inquiétants de solitude.

Dans ces lieux, deux personnages : un homme, client, homme d'affaires puissant, mondialisé, qui brassant beaucoup d'argent représente quelqu'un d'important socialement. Et une femme, femme de chambre pseudo-étudiante, qui travaille en faisant beaucoup de pauses pour songer, pour saisir des bribes de conversation, pour imaginer la vie des autres à partir des traces laissées dans les chambres.

Et à un moment l'homme craque. Il décide subitement de tout quitter : entreprise, famille, biens matériels, pays. Il coupe les liens, s'affranchit de tout.

Quant à la jeune femme, que l'on sent déjà libre, malgré un travail asservissant, elle fait l'expérience de la liberté par excellence en se métamorphosant en moineau.

C'est un moment de cinéma fabuleux où le spectateur aussi est affranchi par ce regard du réalisateur qui lui dit que tout est possible. Et on ressent la même jouissance que lorsqu'on vole en rêve, on y croit, on est tout puissant. Et c'est à la fois surnaturel et naturel.

On sait dès lors que pour se sentir libre et exister, il suffit de regarder autour de soi. Ce film est une invitation à la contemplation et à la création.

En effet, c'est auprès du peintre japonais disponible, qui croque le moineau en trois coups de pinceau, que la fille-moineau trouve réconfort. C'est à travers l'art qu'ils s'entendent, se comprennent, trouvent une complicité.

Forte de cette expérience la femme peut reprendre forme humaine et c'est au moment où l'homme quitte l'hôtel et matérialise sa liberté, qu'ils peuvent se rencontrer et à la faveur d'un sourire, se comprendre, partager leur liberté, leur humanité profonde.

Bande annonce de Bird People de Pascale Ferran

Publié dans cinémathèque

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