TextUelle, saison 2, première : l'automne est là

Publié le par marie philippe

TextUelle, saison 2, première : l'automne est là
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Lecture de textes de:

 

Chateaubriand, René, 1802

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Eric Reinhardt, Cendrillon, 2007

Bonjour à toutes, bonjour à tous

 

je ne sais pas pour vous

mais moi

j'aime l'automne

et de toutes les saisons je crois que c'est ma préférée

avant j'aimais mieux le printemps

parce que le printemps est plein de sève

parce que c'est le renouveau, la reverdie

c'est électrifiant énergisant

c'est excitant le printemps

c'est fatigant le printemps

 

L'été, au soleil,

je suis bien,

je suis là

je ne pense à rien

je suis...

un lézard

mais à force de ne plus penser à rien

je ne suis plus rien

 

mais l'automne arrive

et je préfère l'automne

c'est plus complexe l'automne

c'est les vendanges

c'est l'ivresse

c'est Dionysos

 

les feuilles des arbres changent de couleur, de forme, en d'infinies nuances

les arbres se délestent

le feuilles tombent

comme si la nature abandonnait la lutte

et moi

je deviens

mélancolique

nostalgique

je regarde derrière moi...

 

comme Apollinaire

 

Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c’est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

 

 

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule


 

et puis l'automne, c'est la pluie, le vent, les tempêtes et je me promène avec Chateaubriand

 

« Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.

L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes, tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

Le jour je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu’il fallait peu de choses à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s’élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d’un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire, s’élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards ; souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande."

"Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.

La nuit, lorsque l’aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu’à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur, que j’aurais la puissance de créer des mondes. »

 

 

A l'automne, les feuilles tombent et recouvrent le sol, se déposent en couches humides qui se décomposent et commencent à fermenter, nourrissant et fécondant la terre.

Je me retire en automne et regarde mes pensées

je me replonge dans mes livres

je collecte mes souvenirs

je me rappelle mes rêves

c'est la saison où les rêves fermentent

c'est la saison des projets solides

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