Une après-midi sur mon île

Publié le par marie philippe

Une après-midi sur mon île
Une après-midi sur mon île
Une après-midi sur mon île

Jeudi 27 décembre 2018

 

Une après-midi sur une île.

Pas très loin de chez moi

en allant vers le Nord

en allant vers la mer

(de chez moi la mer est presque partout)

il y a une île

toute petite

qui n'est île qu'à marée haute

une île à mi-temps.

Juste ce qu'il faut de calme et d'isolement

sans l'angoisse de la solitude

sans le sentiment du privilégié

une île qui s'offre à qui sait être attentif

à qui la comprend.

J'arrive deux heures avant la basse mer

je me gare sur le continent

et prends à pied la route qui y mène.

C'est une sorte de guet périlleux

un passage symbolique.

Je marche sur le bitume humide

brillant des flaques de la mer qui se retire

de part et d'autre de la chaussée

capricieusement

selon les courants

en fins ruisseaux et cascades

parmi les rochers qui foisonnent.

Il y a des cailloux partout sur cette côte déchiquetée

une côte de pirates

anarchique

et les bigorneaux se planquent sur le bas côté

attendant que la mer monte.

Au bout de la route qui forme un arc de cercle

suivant probablement la crête d'un banc de sable

je mets le pied sur l'île.

Le temps m'est compté.

Si je reste trop longtemps

je serai prise au piège

et devrai y dormir.

Pas d'hôtel sur cette île.

Petite excitation de se sentir le jouet des éléments naturels.

C'est la mer qui décide.

Sur l’île le sol est de sable blanc et fin

une herbe-mousse épaisse

moelleuse et crépue borde l'étroit chemin piéton.

Un seul chemin sur mon île.

La première moitié est habitée

quelques maisons résistent

et plus j'avance plus c'est sauvage.

Le chemin monte vers la chapelle

mon île a une chapelle en son cœur

une très ancienne chapelle fondée en l'an 502.

Une chapelle de grande dévotion fort fréquentée.

C'est un pays fervent et croyant en toutes les forces naturelles et surnaturelles.

Dans la chapelle il y a des bateaux suspendus à la voûte.

Un clocher de granit très fin domine mon île.

Je vais jusqu'au bout

à travers les ajoncs

je longe les champs

petits champs cultivés

et vais me poser sur une large pierre ronde

et contemple le paysage marin.

La côte

une baie pleine de cailloux et d'îlots

et une forteresse comme le château d'If là-bas dans le Sud

de la même époque

François Ier

monuments familiers des côtes de France.

La mer est douce et tendre aujourd'hui,

sage comme une image

le soleil brille

le ciel est dégagé.

J'aime les teintes et les matières de la grève

le granit clair et rugueux couvert de lichen pâle

ou rosé aux rayons du soleil

le goémon brun

foncé et touffu

chaud comme une fourrure

qui vient couvrir le sable blanc

crémeux et lisse

la mer toujours changeante selon le ciel

ni bleue ni verte ni grise

l'océan énorme derrière.

Tout est calme

quelques oiseaux pêchent et font touiiit touiiittt

c'est à peine si j'entends le souffle de l'océan

à peine remué

il respire doucement

et à tout petit glouglou entre deux pierres

le flux vient gonfler le goémon

mouiller sa chevelure.

Le goémon c'est bon

et croquant

et doux

et onctueux

et iodé

et salé

mais aujourd’hui je n'en croque pas.

Mon tour de l’île se termine par la visite à l'amer

haute masse arrondie graniteuse

peinte en blanc sur certaines de ses faces pour un alignement quelque part en mer

qui évite certains cailloux.

Mais qui est assez fou pour s'aventurer par ici en bateau ?

Ai-je dit que l'air est doux ?

La nouvelle année n'est pas encore commencée

mais je sens que la plus longue nuit est derrière moi

le solstice d'hiver est passé

et le ciel s'accorde

nous accorde une pause

quelques rayons chauds

un peu d'air suave.

Je n'ai pas allumé de bougie dans la chapelle

aujourd'hui je me sens protégée par le ciel.

 

Publié dans mes textes courts

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